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Jeudi, 21 Oct. 2021

Les rêves nucléaires de la Turquie sont un cauchemar pour la communauté internationale

Auteur : Konstantinos Apostolou-Katsaros | Editeur : Walt | Mardi, 21 Sept. 2021 - 11h29

Le rôle de la Turquie dans le Grand Moyen-Orient fait l'objet d'un examen international après avoir affirmé son intention de devenir une puissance moyenne régionale dans le système international multipolaire émergent. Pour y parvenir, elle s'éloigne progressivement de l'Ouest (Otan) pour tenter de pivoter vers l'Est (Eurasie). 

L'achat du système de missiles S-400 de fabrication russe a été le début de ce changement de politique étrangère risqué qui devient progressivement un casse-tête pour ses alliés occidentaux. Les ambitions de la Turquie sont, cependant, freinées par l'absence d'un arsenal nucléaire qui servirait de véhicule à son indépendance vis-à-vis du bouclier de l'Otan. 

Prolifération nucléaire. L'importance qu'Ankara attribue aux armes nucléaires ressort clairement de la déclaration pertinente du président turc Recep Tayyip Erdogan de septembre 2019 lors du Forum économique d'Anatolie centrale. «Certains pays ont des missiles à tête nucléaire, pas un ou deux. Mais (ils nous disent) nous ne pouvons pas les avoir. Cela, je ne peux pas l'accepter», a-t-il déclaré et a ajouté «nous avons Israël à proximité, comme presque voisins. Ils effraient (les autres nations) en les possédant. Personne ne peut les toucher. Le président turc a conclu en disant «nous y travaillons», ce qui implique que leurs efforts pour acquérir un arsenal nucléaire sont déjà en cours. Le président turc a, également, clarifié ses intentions à l'Assemblée générale de l'Onu en 2019, lorsqu'il a critiqué le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (que la Turquie a signé en 1980), puisqu'il interdit à des pays comme la Turquie de développer des armes nucléaires. Il convient de préciser que la Turquie a signé le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires en 1996. Cependant, les objectifs révisionnistes des dirigeants turcs laissent peu d'espoir que la Turquie respecte ses obligations sur les deux traités.  

La Turquie deviendra-t-elle bientôt un Etat doté d'armes nucléaires? «J'espère que cela n'arrivera pas, mais la Turquie semble être à sa recherche», a déclaré le Dr Moritz Kütt, expert en armes nucléaires et chercheur à l'Institut de recherche sur la paix et de politique de sécurité de l'Université de Hambourg. Il a également ajouté que «les armes nucléaires ne calmeront pas la situation sécuritaire»; au lieu de cela, ils renforceront l' «ego» de la Turquie. Les bombes nucléaires garantissent une place à l'avant-garde de la géopolitique. Une idée qu'Erdogan aime beaucoup. 

Le politologue israélien, Yakov Kedmi, est apparu plus inquiet et a précisé que ce n'est qu'une question de temps avant qu'Ankara n'acquière un arsenal nucléaire et qu'il est impossible d'empêcher cela. Il a, également, rappelé que le 15 février 2010, l'ancien Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait averti l'ancien Premier ministre grec, George Papandréou, que la Turquie avait déjà la capacité de devenir un Etat doté d'armes nucléaires. Cette inquiétude s'est intensifiée après qu'aljazeera.com a révélé des informations suggérant qu'Islamabad avait l'intention de soutenir secrètement le programme d'armes nucléaires de la Turquie.

De telles sonnettes d'alarme sonnent depuis 2015, lorsque les services secrets allemands ont découvert que la Turquie semblait suivre les traces de l'Iran. Il a été révélé que le président Erdogan avait demandé en 2010 de commencer secrètement la construction d'installations d'enrichissement d'uranium. 

En outre, on soupçonne que la Turquie a déjà obtenu de l'uranium enrichi provenant d'une ancienne république soviétique. Notamment, la Turquie a, également, été impliquée dans les activités du contrebandier nucléaire pakistanais Abdul Qadeer Khan, qui a vendu des milliers de centrifugeuses (leurs systèmes électroniques provenaient de Turquie) entre 1987 et 2002 en Iran, en Corée du Nord et en Libye.

L'objectif de missiles balistiques et de programme spatial. La condition préalable d'un programme d'armes nucléaires est le programme de missiles balistiques qui vise à développer des missiles qui porteront des ogives nucléaires. Les missiles balistiques à courte portée de fabrication turque (portée > 1000 km) sont déjà en production alors qu'il y a des rapports de production de missiles d'une portée de plus de 1000 km. En outre, l'accent devrait être mis sur le programme spatial turc annoncé car, d'abord, il supportera le volume de données liées à la navigation par satellite des drones turcs, en même temps que les missiles balistiques. Deuxièmement, parce qu'il facilitera le développement de missiles d'une portée de 3 500 km ou plus (Missiles balistiques à moyenne portée ou plus). La menace imposée aux Etats qui se trouvent dans cette zone est évidente sans considérer la possibilité de lancer les missiles balistiques à partir de navires de surface ou de sous-marins. Ainsi, le programme spatial turc devrait être étroitement surveillé pour déterminer s'il est secrètement utilisé pour soutenir son programme d'armes nucléaires. 

Distances égales entre la Russie et les Etats-Unis, plus proche du Pakistan. La construction de la centrale nucléaire d'Akkuyu (ainsi que celles prévues à Sinope et en Thrace orientale) n'est certainement pas non plus un hasard. Elle vise à réduire la dépendance énergétique de la Turquie d'une part (en 2020, environ 72% de sa demande énergétique était satisfaite par les importations) et d'autre part, elle sert d'induction à l'expertise nucléaire. Des dizaines de Turcs étudient déjà le génie nucléaire dans les universités russes depuis 2015. La Russie a toutes les raisons de fournir le savoir-faire pour la construction de la centrale nucléaire d'Akkuyu en Turquie dans le but d'entraver l'unité de l'Otan. Cependant, la coopération russo-turque ne nourrira pas l'ambition de ce dernier de se doter de l'arme nucléaire. Leurs intérêts concurrents se heurtent dans de nombreux cas. La Russie ne ne voudrait pas voir un arsenal nucléaire aussi proche de ses frontières. 

Le chef du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), Vladimir Jirinovski*, en est convaincu: si l'Iran et surtout la Turquie ont des armes nucléaires, ils se retourneront contre la Russie. Cela ne signifie pas que la Turquie n'atteindra pas son objectif. Au contraire, cela signifie que la Turquie devra surmonter de nombreux obstacles dressés par des Etats importants ayant des intérêts dans la région au sens large, tels qu'Israël, la France, l'Egypte, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (EAU). Surtout, la Turquie devra faire face au conflit d'intérêt croissant avec les Etats-Unis. Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles la Turquie ne sera pas tolérée en tant qu'Etat doté d'armes nucléaires. Comme mentionné ci-dessus, cela stimulera son autonomie géostratégique, provoquant la désintégration de l'architecture de sécurité euro-atlantique existante. En outre, cela déclenchera une course aux armements nucléaires dans l'ensemble de la région. Toutes ces craintes de déstabilisation sont depuis longtemps abordées par les Etats-Unis. 

* Diplômé de l'Institut des langues orientales de Moscou, Jirinovski est un spécialiste de la Turquie, de l’Iran, du Caucase et du monde arabe, parlant cinq langues

L'auteur, Konstantinos Apostolou-Katsaros, est analyste-consultant spécial. Son domaine d'intérêt concerne les relations étrangères et les relations gréco-turques. Il est titulaire d'un doctorat. et d'un M.Sc. de la School of Environment and Technology de l'Université de Brighton (Royaume-Uni) où il a travaillé en tant que conférencier et associé de recherche. 

Traduction Observateur Continental


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