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Vendredi, 27 Nov. 2020

S. Nasrallah appelle M. Macron à réviser son discours qui porte atteinte à la dignité nationale

Auteur : Al Manar (Liban) | Editeur : Walt | Jeudi, 01 Oct. 2020 - 10h03

Le secrétaire général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, a appelé le président français Emmanuel Macron à réviser son discours sur le Liban, dans la forme et dans le contenu, lui reprochant d’avoir porté atteinte à la dignité nationale des Libanais.

« Nous saluons toujours l’initiative française (…) mais les intimidations ne doivent pas se poursuivre. Nous refusons que le président Emmanuel Macron se comporte comme le gouverneur du Liban », a souligné Sayed Nasrallah ce mardi 29 septembre, lors d’un discours retransmis par la chaine AlManar. Il y a surtout évoqué en détails les réelles raisons pour lesquelles les tentatives du Premier ministre désigné Moustapha Adib de former un cabinet ministériel se sont soldées par un échec.

Le numéro un du Hezbollah a expliqué comment le club de quatre anciens Premiers ministres libanais, dont Saad Hariri, a voulu passer outre de l’avis des forces politiques de poids au Liban, dans la désignation des portefeuilles ministériels, en voulant imposer aux Libanais un gouvernement de fait accompli, sous peine de menaces de sanctions et de blocus. Le tout sans aucun lien avec le texte de l’initiative française.

Mettant en garde contre les intentions américaines visant à revivifier les cellules de Daesh au Liban et dans la région, le chef du Hezbollah a, dans ce contexte, accusé les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite d’avoir fait échouer l’initiative française pour sortir le Liban de sa crise.

Dans son discours, sayed Nasrallah a démenti les allégations du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur l’existence d’un dépôt d’armes près de l’Aéroport international de Beyrouth. « Netanyahu est un menteur… et nous allons le prouver au monde », a affirmé. Appelant le bureau médiatique du Hezbollah à organiser une tournée sur le lieu désigné par Netanyahu.

*

Les principaux points du discours :

Tout d’abord, je voudrais présenter mes condoléances au peuple koweitien, à son gouvernement, à son parlement et au  prince héritier pour le décès de l’émir du Koweït, Cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah. Les Libanais n’oublieront jamais le rôle du Koweït et de son émir dans la fin de la guerre civile au Liban, ni leur position à l’égard de l’agression israélienne contre le Liban en 2006 et leur contribution à la reconstruction du Liban, ni leur position ferme face aux pressions sur les pays du Golfe pour normaliser leurs relations avec l’ennemi sioniste. Je prie Dieu pour qu’il lui accorde sa miséricorde.

Des cellules takfiristes au nord du Liban

Deuxièmement, je veux aborder la situation sécuritaire au nord du Liban, ce qui s’est passé dans la localité de Kaftoune et les affrontements des cellules terroristes avec l’armée libanaise et les forces de sécurité.

Nous saluons les efforts qui ont abouti à la découverte de ces cellules, et présentons nos condoléances aux familles des soldats de l’armée tombés en martyrs.

La découverte de ces groupuscules , armés de ceintures explosives, de roquettes RBG et d’obus de mortier, prouve qu’ils préparaient une grande attaque.

J’avais mis en garde, il y a un mois, contre les intentions américaines de réactiver les éléments de Daesh en Irak et dans notre région.

En fait, après l’assassinat du général Qassem Soleimani et d’Abou Mahdi al-Mohandes, et après la résolution du parlement irakien appelant au retrait des forces américaines de l’Irak, les Etats Unis ont revivifié le groupuscule Daesh en Irak pour justifier leur présence.

Vu que le Liban fait partie de la région, j’appelle à la vigilance. L’enquête a révélé que les membres des groupuscules tués ou arrêtés au nord appartiennent à Daesh. Quand les USA se sentent dans l’impasse, ils aient recours à de tels actes.

L’état d’alerte israélien au sud perdure

Troisièmement, j’ai un mot à dire à propos de la situation à la frontière sud.  L’armée d’occupation est toujours en état d’alerte, attendant notre riposte (au martyr d’un combattant du Hezbollah par un raid israélien contre la Syrie). Ils n’osent pas bouger à la frontière. Il s’agit du plus long état d’alerte israélien depuis 1948.

Nouveau mensonge de Netanyahu

Un autre point concernant le dossier israélien. Dans son discours à l’Onu, Netanyahu a cherché à inciter le peuple libanais contre le Hezbollah, en évoquant un endroit pour stocker les missiles entre Beyrouth et la banlieue du Hezbollah, et près d’une station de gaz. Netanyahu est un menteur et nous allons le prouver.

Les relations médiatiques du Hezbollah devront inviter, après mon discours, les médias locaux et étrangers à entrer dans cette installation, pour que tout le monde découvre le mensonge de Netanyahu. Et s’ils veulent aller avant la fin de mon discours, ils le peuvent… Le Hezbollah ne stocke pas de missiles dans le port ou près d’une station de gaz.

Un gouvernement de fait accompli ou les sanctions

Sur le plan politique local, Je voudrais expliquer à l’opinion publique libanaise ce qui s’est passé à propos des tractations gouvernementales. Après l’explosion du 4 août et la démission du gouvernement, il y a eux deux réunions au Palais des pins avec le président français qui a proposé son initiative appelant à la formation rapide d’un gouvernement.

Les blocs parlementaires se sont entendus pour nommer un candidat au poste de Premier ministre. Durant cette période, le club des 4 anciens Premiers ministres (Fouad Siniora, Nagib Mikati, Tammam Salam et Saad Hariri) se sont réunis et ont présenté une liste de trois candidats, dont Moustafa Adib. Pour faciliter la formation rapide du gouvernement, nous n’avons pas émis de conditions, et accepté la nomination de M. Adib.

Mais, après sa désignation, il semble qu’on a demandé à M.Adib de ne pas discuter la formation du gouvernement avec les blocs parlementaires, ni même avec le chef de l’Etat, qui est un partenaire principal dans la formation du gouvernement. Les Français doivent savoir où ils ont commis une erreur, notamment en retirant au président de la république une de ses plus importantes prérogatives.

Celui qui négociait avec nous à propos de la formation du gouvernement n’était pas le Premier ministre désigné Mostafa Adib, mais Saad Hariri. Il nous a seulement informés du nombre de ministres du gouvernement (14 ministres), de l’instauration du principe de rotation des portefeuilles ministériels, et que la répartition et la nomination des ministres seront désignés par le club des anciens PM et non pas par les blocs parlementaires élus par la majorité du peuple libanais.

Nous avons rejeté ce qui nous a été présenté car ceci constitue un danger pour le pays. Ils veulent imposer de nouvelles coutumes contraires à la Constitution et au principe de la démocratie réclamé par le président français.

Depuis 2005 jusqu’à nos jours, le Premier ministre et les blocs parlementaire s’accordaient sur les portefeuilles et la nomination des candidats au gouvernement.

Au bout des 15 jours de délai, le club des 4 anciens PM n’avait même pas discuté avec le chef d’Etat, ni n’avait admis que les blocs majoritaires au parlement nomment leurs représentants…

Ils voulaient imposer de nouvelles coutumes violant la constitution en faveur des partis qui ne représentent pas la majorité au parlement. Tout en mettant en garde contre des conséquences désastreuses en cas d’objection.

Nous nos sommes alors adressés aux Français et leur avons demandé si l’initiative du président Macron incluait les propositions faites par le club des anciens PM, on nous a répondu: Non.

En fait, l’initiative française ne définit ni le nombre de ministres, ni le principe de rotation, ni que les forces politiques ne doivent pas contribuer à la distribution des portefeuilles et à la nomination des ministres.

Nous étions attachés à la nomination du ministre chiite au poste du ministère des Finances, vu que ce poste est relatif à la prise des décisions. J’en parlerai en détails dans une autre occasion.

À un moment donné, il y a eu clairement une tentative d’imposer un gouvernement de fait accompli aux Libanais.

Il nous était demandé, au cours du mois dernier, de livrer le pays au club des anciens PM, sans discuter. Alors qu’ils ne représentent qu’une partie des Libanais. Et pas la majorité. Ceux qui ont voulu imposer leur gouvernement et marquer des points politiques qu’ils n’avaient pu gagner ces dernières années sont ceux qui ont fait échouer l’initiative française.

La manière dont l’approche du dossier gouvernemental s’est déroulée est inacceptable au Liban. C’est une perte de temps quel que soit son parrain ou son défenseur.

Pendant longtemps, nous avons dit que la raison d’être de notre présence au gouvernement était de protéger le dos de la résistance. Oui, à cette époque, nous devions faire partie du gouvernement pour protéger le dos de la résistance. Pour éviter entre autre que se répète ce qui s’était passé avec le gouvernement le 5 mai 2008 . A cette époque, ce gouvernement avait pris une décision dangereuse, sur instigation américano-israélo-saoudienne, pour pousser à la confrontation entre la résistance et l’armée.

Or aujourd’hui, après les remous économiques que les Liban a traversés, il s’avère que nous ne pouvons en aucun cas être absents du gouvernement, non pas crainte pour la résistance, mais par crainte pour le Liban, pour ce qui en reste, économiquement, financièrement, et à tous les niveaux.

Nous ne pouvons pas approuver la formation d’un cabinet qui acceptera sans négocier les conditions du Fonds monétaire international (FMI) ou vendra les biens actifs de l’Etat sous prétexte de rembourser la dette et le déficit. Oui nous craignons pour les dépôt bancaires des gens, ce qui pourrait en advenir…

Nous ne pouvons plus permettre à quiconque de former le gouvernement en raison de la délicatesse et de la sensibilité de la situation économique au Liban.

N’avons-nous pas le droit de craindre d’un gouvernement qui pourrait vendre les propriétés de l’État sous la pression financière et recourir à la privatisation et à la hausse des impôts pour combler le déficit?

Macron ne doit pas se comporter comme le gouverneur du Liban

Concernant la conférence de presse de M. Macron qui a imputé l’échec de son initiative aux formations politiques, je reprends ce que nous avions dit à ses représentants, est-ce que l’initiative recommandait aux anciens chefs de gouvernement de former le gouvernement et de nommer les ministres?

La position du tandem Amal-Hezbollah a empêché que le Liban ne dégringole du mauvais au pire. Nous espérons que tous les Libanais coopèrent pour épargner le chaos au Liban.

M.Macron, il faut que vous cherchiez quelle partie voulait contrôler le pays et exclure les forces politiques, grâce à votre soutien.

Les méthodes qui recourent à l’intimidation n’aboutissent pas au Liban. Vous perdez votre temps.

M.Macron nous a accusés de terroriser les Libanais, mais en réalité c’est le club des anciens PM qui les terrorisait et menaçait de sanctions les blocs parlementaires et les forces politiques.

Les quatre anciens PM ont gouverné durant les 15 dernières années, et ils sont en grande partie responsables de la crise advenue au Liban. Ils ne sont pas les seuls responsables, mais ils assument la plus grande responsabilité. Quelle logique nous dicte qu’il faut qu’on leur remette les clés du pays?

Nous n’acceptons pas d’être traités de traîtres, ni que nous soyons accusés d’avoir trempé dans la corruption. Nous condamnons ce genre de discours. Si les Français ont des dossiers de corruption incriminant des ministres du Hezbollah, qu’ils les soumettent à la justice.

En outre, quelles sont les promesses qu’on n’a pas tenues à propos de la formation du gouvernement…C’est vous qui avez parlé d’abord d’un gouvernement d’union nationale. Mais il semble que vous y avez renoncé, probablement sous les pressions US, saoudiennes…

Pourquoi un parti (Futur) peut-il choisir tous les candidats du gouvernement, alors que les autres forces politiques sont écartées?

Nous, M. le président français, c’est nous qui sommes réputé parmi nos amis et nos ennemis pour notre attachement à nos promesses et les sacrifices que nous consentons afin de les remplir.

Vous nous demandez de faire le choix entre la démocratie ou le pire. Mais c’est parce que nous avons choisi la démocratie que nous refusons qu’une majorité parlementaire s’incline devant une minorité.

En outre, ce n’est pas nous qui avons fait la guerre à Israël, mais ce sont les sionistes qui ont agressé le Liban et confisqué ses terres. Et puis nous ne sommes pas partis en Syrie pour combattre les civils, mais nous y sommes allés- à la demande du gouvernement syrien- pour combattre les terroristes, que vous désigniez vous-mêmes de la sorte.

Non nous ne faisons pas partie de la classe corrompue… nous n’acceptons pas que quiconque s’adresse à nous de la sorte.

Nous avons accepté la nomination de M.Adib sans conditions et de bonne foi pour faciliter la formation du gouvernement, mais céder et rendre le pays s’avère une autre affaire.

M.Macron, vous pouvez demander à votre ambassade, combien les médias nous insultent jour et nuit, s’ils avaient peur de nous, ils ne pourraient  ouvrir leur bouche. Par contre, c’est dans les pays arabes qui sont vos amis, qu’on n’ose pas poster un tweet critiquant un roi ou un prince.

Par ailleurs, les décideurs dans les affaires internes du Liban ce sont les Libanais…L’Iran n’interfère pas et ne dicte rien…

M.Macron, si vous voulez savoir qui a fait échouer votre initiative, cherchez du côté des Américains, avec leur politique de sanctions, et du côté du discours du roi Salmane d’Arabie à l’Onu.

Au niveau de la forme,  nous rejetons et condamnons ce langage hautain.

Nous avons salué la visite de M. Macron et son initiative en tant qu’ami qui aime le Liban et veut l’aider à surmonter la crise, mais pas de se comporter comme un commissaire ou un procureur.

Nous espérons que vous allez réviser le fond et la forme de votre discours.

Nous avons accueilli favorablement l’initiative française, mais nous n’acceptons pas que celle-ci se transforme en mandat ou en tutelle.

Nous sommes toujours prêts au dialogue avec les Français et avec toutes les composantes politiques libanaises.  Mais nous dénonçons l’intimidation exercée au cours du mois passé. Le ton et l’approche doivent changer faute de quoi il ne faut s’attendre à aucun résultat.

Le respect et la dignité des personnes sont des normes importantes lors des négociations. Vos propos sont une atteinte à la dignité nationale, ce qui est inacceptable.

C’est à ces conditions que nous sommes attachés à l’initiative française. Et nous sommes ouverts à toutes les composantes libanaises afin que le Liban surmonte le pire et se dirige vers le meilleur.

Normalisation: le pari sur les peuples

Un dernier mot concernant les accords de normalisation. Nous saluons le peuple bahreïni qui a défié le régime. Nous saluons aussi les oulémas, dont à leur tête cheikh Issa Qassem, et les différentes institutions qui se sont prononcés contre toute normalisation avec l’entité sioniste.

Nous parions sur le peuple du Bahreïn, qui malgré la séquestration de ses fils, est descendu dans les rues pour marquer sa désapprobation au choix qui a été fait par son régime.

Nous saluons également la population en Tunisie et en Algérie. Nous appelons le peuple et les partis soudanais à œuvrer pour empêcher la normalisation.

***

Le Hezbollah répond au président Macron

Dans son allocution télévisée, du 29 septembre 2020, le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, a répondu aux admonestations du président français et aux menaces du premier Premier ministre israélien.

Concernant le rôle de la France dans la crise libanaise, il s’est étonné des interférences du groupe des quatre anciens Premiers ministres (Saad Hariri, Tammam Salam, Fouad Siniora et Nagib Mikati) et de leur volonté de désigner le prochain gouvernement sans consulter les partis politiques (allusion au financement par Saad Hariri de la campagne électorale d’Emmanuel Macron).

Puis, il a souligné qu’il avait accueilli avec joie l’initiative française avant de se raviser devant « l’attitude hautaine » du président Emmanuel Macron qui se comporte comme « le gouverneur du Liban » (allusion à la période coloniale). (Réseau Voltaire)


- Source : Al Manar (Liban)

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