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Lundi, 19 Oct. 2020

Une nouvelle escalade dans le conflit du Haut-Karabakh fait des centaines de victimes

Auteur : Christelle Néant | Editeur : Walt | Mercredi, 30 Sept. 2020 - 14h27

Le 27 septembre 2020, l’interminable conflit du Haut-Karabakh, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, est rentré dans une phase d’hostilités actives, faisant des centaines de victimes, tant parmi les soldats que les civils, des deux côtés. Alors que la Turquie verse de l’huile sur le feu, poussant l’Azerbaïdjan à résoudre le problème par la force militaire, la Russie appelle à une cessation immédiate des hostilités, et à résoudre le problème par des moyens politiques et diplomatiques.

Histoire du conflit du Haut-Karabakh

Le Haut-Karabakh est une région principalement habitée par des Arméniens (95 %) qui fait officiellement partie de l’Azerbaïdjan, mais qui est actuellement sous le contrôle de l’Arménie. L’origine du conflit doit être recherchée dans l’histoire de la région elle-même. Faisant partie des royaumes et principautés arméniennes successives, puis sous le contrôle d’un khanat, la région est devenue une partie de l’empire russe au début du 19e siècle.

Après la révolution d’octobre (1917) en Russie, la région du Haut-Karabakh a été disputée entre les Arméniens et les Azéris, chaque partie demandant que la région soit sous son contrôle. Une première tentative de l’Azerbaïdjan de prendre le contrôle du Haut-Karabakh en mars 1918 a échoué car la région refusait de reconnaître la juridiction de la République azerbaïdjanaise.

En juillet 1918, le premier Congrès des Arméniens du Karabakh a proclamé le Haut-Karabakh comme une unité politique administrative indépendante, et a élu le Conseil national et le gouvernement populaire de la région.

En 1919, la région est passée sous le contrôle des Britanniques après la défaite de l’empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale. Les Britanniques ont tenté d’aider l’Azerbaïdjan à prendre le contrôle du Haut-Karabakh, malgré les refus répétés du congrès arménien de l’accepter. Cette situation a conduit à une guerre au printemps 1920, entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Finalement, l’Azerbaïdjan a pris le contrôle du Haut-Karabakh par la force, avec l’aide directe des troupes russes.

Après que l’Union soviétique ait pris le contrôle de tout le Caucase en 1921, Moscou a transféré le Karabakh à l’Azerbaïdjan, dans une tentative d’apaisement de la Turquie. Deux ans plus tard, la région du Haut-Karabakh est devenue un oblast autonome de la RSS d’Azerbaïdjan. Ce statu quo a été maintenu pendant toute la période soviétique.

Mais en 1988, alors que l’URSS commençait à s’effondrer, la question du Haut-Karabakh a refait surface. Un référendum non officiel pour la réintégration du Haut-Karabakh dans l’Arménie a été organisé, et son résultat a été utilisé par les Soviets de la région pour demander aux Soviets suprêmes de l’URSS d’autoriser la sécession du Karabakh de l’Azerbaïdjan et son rattachement à l’Arménie.

Cette demande a provoqué l’indignation de la population azerbaïdjanaise et, en février 1988, un affrontement direct a eu lieu, entraînant des pogroms d’Arméniens par des Azéris, et vice versa. En 1989, le conflit interethnique s’intensifie et, après que Moscou a accordé à l’Azerbaïdjan un plus grand contrôle sur la région contestée, Erevan et le corps législatif du Haut-Karabakh proclament la réunification de la région avec l’Arménie.

En décembre 1991, un référendum a été organisé, comme partout ailleurs en URSS, et la population arménienne, majoritaire dans le Haut-Karabakh, a approuvé la création d’un État indépendant. Mais comme il ne s’agissait pas d’une République soviétique, elle ne pouvait pas demander l’indépendance, et la proposition des Soviétiques d’accroître l’autonomie de la région au sein de l’Azerbaïdjan ne satisfaisait aucune des parties, ce qui a conduit à une attaque militaire de Bakou contre le Haut-Karabakh, qui n’avait pas d’armée à ce moment-là. C’est pourquoi l’Arménie a décidé de soutenir la région, ce qui a conduit à la guerre avec l’Azerbaïdjan.

En deux ans, ce conflit a fait des milliers de victimes, et des centaines de milliers de réfugiés des deux côtés. L’Arménie a réussi à s’emparer de territoires appartenant à l’Azerbaïdjan, créant ainsi une zone tampon autour du Haut-Karabakh.

En 1994, la Russie a joué le rôle de médiateur entre les parties en conflit, et a réussi à obtenir un cessez-le-feu à Minsk. Depuis lors, le conflit du Haut-Karabakh a été plus ou moins gelé, avec quelques escalades comme en avril 2016. Mais comme le problème n’est pas résolu politiquement et diplomatiquement (la République d’Artsakh – qui est le nom de la République du Haut-Karabakh – n’est pas reconnue par la communauté internationale), la tentation de le résoudre par la force revient régulièrement.

Escalade de septembre 2020

C’est dans ce contexte, et après quelques affrontements en juillet 2020 à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, que le conflit du Haut-Karabakh est entré à nouveau dans une phase active.

Le 27 septembre 2020, tôt dans la matinée, les autorités de la République d’Artsakh ont annoncé que l’Azerbaïdjan bombardait ses localités, dont la capitale, Stepanakert, et ont exhorté sa population à se cacher dans les abris anti-bombardements. Selon le ministère arménien de la défense, l’offensive azerbaïdjanaise a été lancée avec des chars, des roquettes, de l’aviation et des drones.

De son côté, l’Azerbaïdjan affirme que les forces armées arméniennes ont d’abord attaqué ses positions le long de la ligne de front, vers 6 heures du matin, en bombardant le pays voisin avec des armes de gros calibre, des mortiers et de l’artillerie, et que l’armée azerbaïdjanaise a lancé une contre-offensive en réponse.

La loi martiale et la mobilisation ont été déclarées à la fois en République d’Artsakh et en Azerbaïdjan. L’Arménie et l’Azerbaïdjan s’accusent mutuellement du début de l’escalade et du bombardement de localités pacifiques, qui a fait des victimes civiles. Outre la guerre sur le terrain, il y a une guerre de l’information et des chiffres.

L’Azerbaïdjan affirme que 26 civils ont été blessés à la suite de l’escalade, et ne communique pas sur ses pertes parmi ses soldats. Selon l’Arménie, l’Azerbaïdjan a perdu plus de 400 soldats, dont environ 200 morts, 4 hélicoptères, 36 drones et 47 véhicules blindés.

La République d’Artsakh affirme que 84 de ses soldats sont morts et environ 200 ont été blessés à cause de l’attaque de l’Azerbaïdjan, tandis que Bakou affirme que plus de 550 soldats du Haut-Karabakh ont été tués ou blessés. L’Azerbaïdjan affirme également avoir détruit 24 chars et véhicules d’infanterie, 18 drones, 8 pièces d’artillerie, 3 dépôts de munitions et 15 systèmes anti-aériens.

Des vidéos ont été publiées par l’Azerbaïdjan montrant la destruction de chars arméniens.

Erevan affirme également que des combattants ont été transférés de Syrie au Karabakh par la Turquie pour se battre pour l’Azerbaïdjan, tandis que Bakou affirme que des mercenaires du Moyen-Orient se battent pour l’Arménie.

En ce qui concerne les civils, d’après les derniers chiffres dont nous disposons actuellement, 7 Azerbaïdjanais et 3 Arméniens ont été tués (dont un enfant), et 27 Azerbaïdjanais et plus de 30 Arméniens ont été blessés. L’Azerbaïdjan accuse Erevan de bombardements délibérés de zones résidentielles.

La dernière bataille de l’information porte sur l’affirmation de l’Arménie selon laquelle un avion azerbaïdjanais a été abattu. Bakou a démenti la déclaration d’Erevan sur l’avion abattu, et affirme que tous les avions de l’armée azerbaïdjanaise sont en service et en état de marche.

Mais d’après une vidéo diffusée par War Gonzo, dont le reporter Semion Pegov est sur place, il semble que soit un drone turc Bayrdaktar, soit un avion de l’armée azerbaïdjanaise ait été abattu.

La situation est tellement tendue que l’Arménie n’a pas exclu la possibilité d’utiliser ses missiles Iskander, si la Turquie commence à utiliser des avions F-16 dans le Haut-Karabakh. L’Azerbaïdjan a déclaré qu’il donnerait une réponse adéquate en cas d’utilisation de missiles Iskander par l’Arménie.

L’attitude de la Turquie face au conflit, quant à elle, est loin d’être neutre. Tout d’abord, la Turquie fournit une assistance technique à l’Azerbaïdjan. Deuxièmement, le président turc, Tayyip Erdogan, pousse clairement l’Azerbaïdjan à la guerre, lorsqu’il tente de prétendre qu’une reconquête violente du Haut-Karabakh par Bakou établirait la paix et la stabilité dans la région. Mais si vous regardez l’histoire du conflit, vous comprenez que ce sera le contraire. Si l’Azerbaïdjan réussit à reprendre le contrôle du Haut-Karabakh, cela pourrait se terminer par un nettoyage ethnique sanglant comme la région en a déjà connu plusieurs fois dans le passé.

Jusqu’à aujourd’hui, la possibilité que ce conflit s’étende et implique la Russie, par exemple, était limitée, car l’Arménie ne demande pas le soutien des autres membres de l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective) pour résoudre la situation, et aurait eu des difficultés à le faire, car il ne s’agit pas d’une agression externe mais d’un conflit interne, interethnique.

Mais ce matin, l’Azerbaïdjan a bombardé Vardenis, une ville située en Arménie. Le bombardement par drone a touché un bus civil et a tué le chauffeur. Comme cette localité ne se trouve pas dans le Haut-Karabakh, mais en Arménie, cela change complètement la donne. L’Azerbaïdjan a déclaré que l’armée arménienne avait bombardé ses positions depuis la région de Vardenis, pour justifier son propre bombardement. Suite à ce bombardement l’Arménie a déclaré qu’elle n’avait plus d’autre choix que d’avoir recours aux missiles à longue portée.

Désormais, la seule issue pour éviter une extension du conflit passe clairement par des négociations et la signature d’un traité de paix. Et c’est dans cette direction que la Russie pousse à travers sa diplomatie. Une option également défendue par plusieurs pays occidentaux comme la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France, l’Estonie et la Belgique qui ont apparemment demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de discuter de la situation autour du conflit du Haut-Karabakh le 29 septembre.

Pour pousser l’Azerbaïdjan et la Turquie vers la table des négociations, l’Arménie menace de reconnaître officiellement le Haut-Karabakh si des unités militaires azerbaïdjanaises et turques s’approchent de la frontière, Erevan étant un garant de la sécurité de la République non reconnue.

Pour l’instant, des discussions intensives ont lieu entre la Russie, les pays occidentaux, la Turquie et les deux parties au conflit, pour tenter de trouver une solution diplomatique à la situation. Nous ne pouvons qu’espérer qu’une solution pacifique au conflit du Haut-Karabakh sera bientôt trouvée, afin d’éviter de nouvelles victimes civiles des deux côtés, et une extension du conflit à d’autres pays.


- Source : Donbass Insider

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