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Samedi, 24 Oct. 2020

Les États-Unis et la Colombie organisent des jeux de guerre alors que Pompeo menace le Venezuela

Auteur : Bill Van Auken | Editeur : Walt | Mercredi, 23 Sept. 2020 - 08h34

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a entamé jeudi une tournée de trois jours en Amérique latine, visitant tous les pays limitrophes du Venezuela – la Colombie, le Brésil et la Guyane – ainsi que le Suriname voisin. Ce voyage a été organisé de manière à coïncider avec des jeux de guerre menés conjointement par les États-Unis et la Colombie sur la côte caribéenne au nord de la Colombie. Ces actions visent clairement à intensifier l’agression contre le Venezuela à l’approche des élections américaines de novembre.

Le brutal secrétaire d’État américain profite également de sa tournée pour poursuivre une croisade mondiale contre la Chine alors que les tensions militaires entre Washington et Pékin dans la mer de Chine méridionale et à propose de Taïwan continuent de s’aggraver.

Le voyage de Pompeo a commencé par des arrêts au Suriname et en Guyane, où il a rencontré non seulement les présidents nouvellement élus des deux pays, Chan Santokhi et Irfaan Ali, respectivement, mais aussi les représentants locaux des conglomérats énergétiques et des sociétés minières des États-Unis.

Les économies des deux pays se sont développées grâce à la découverte d’importantes réserves de pétrole en mer. ExxonMobil, qui a découvert les réserves au large des côtes de la Guyane en 2015, a commencé la production en décembre de l’année dernière en vertu d’un accord qui n’accorde au pays que 50% des recettes, un accord d’exploitation qui a été largement critiqué par les Guyanais.

S’exprimant à Paramaribo, la capitale du Suriname, Pompeo a déclaré qu’il s’agissait d’une «période excitante» pour l’économie, faisant référence aux réserves de pétrole, tout en affirmant que le pays devrait aligner ses intérêts sur ceux des États-Unis plutôt que de la Chine.

«Nous avons vu le Parti communiste chinois investir dans des pays, et tout semble parfait au départ, puis tout s’écroule lorsque les coûts politiques liés à cela deviennent clairs», a-t-il déclaré.

Le Suriname et la Guyane ont tous deux été invités par Pékin à se joindre à son initiative mondiale en matière de commerce et d’infrastructures, la nouvelle route de la soie (Belt and Road), et tous deux bénéficient d’importants investissements chinois. Les présidents des deux pays ont fait preuve de circonspection en abordant la campagne anti-Chine de Pompeo. «Ce n’était pas un sujet de discussion, il ne s’agit donc pas de faire des choix», a déclaré Santokhi.

À la question de savoir si le gouvernement du Suriname autoriserait les États-Unis à utiliser son territoire pour lancer des opérations militaires contre le Venezuela, Santokhi a de nouveau déclaré que la question n’avait pas été discutée, et que «le Suriname est d’avis que les dirigeants politiques au Venezuela doivent principalement résoudre leurs affaires internes.»

Pompeo s’est ensuite envolé pour une escale éclair de trois heures et demie dans l’État amazonien de Roraima, au Brésil, où il a participé à une séance photo dans un centre d’accueil pour réfugiés vénézuéliens à Boa Vista, la capitale de l’État, puis a rencontré son homologue brésilien, le ministre des Affaires étrangères Ernesto Araujo.

Le secrétaire d’État américain a profité de cette visite pour feindre de s’inquiéter pour les millions de Vénézuéliens qui ont quitté leur pays. L’écrasante majorité d’entre eux l’ont fait en raison du déclin catastrophique de l’économie vénézuélienne sous l’impact de la chute des prix du pétrole, d’un régime de sanctions américaines équivalant à un état de guerre et des politiques capitalistes menées par le gouvernement dit «socialiste bolivarien» du président Nicolas Maduro, qui défend les intérêts d’une oligarchie financière parasitaire.

Pour Pompeo, se poser en sauveur des réfugiés va au-delà de l’hypocrisie. Des milliers de Vénézuéliens qui ont tenté d’entrer aux États-Unis en demandant l’asile ont été renvoyés de l’autre côté de la frontière, dans les camps sordides de tentes et les dangereuses villes frontalières du Mexique, pour attendre indéfiniment que leur cas soit entendu. Pendant ce temps, l’administration Trump tente d’expulser quelque 400.000 réfugiés provenant de pays comme le Salvador et Haïti, admis dans le cadre du programme de statut protégé temporaire (TPS), dont beaucoup vivent aux États-Unis depuis des décennies, avec des enfants nés aux États-Unis. Et une récente plainte de lanceur d’alerte a révélé des conditions ressemblant à «un camp de concentration expérimental» dans un centre de détention pour immigrés où les femmes étaient soumises à une stérilisation forcée par hystérectomie.

Apparaissant avec Araujo lors d’une conférence de presse tenue sur une base aérienne à l’extérieur de Boa Vista, Pompeo a déclaré «nous allons nous en débarrasser», en référence à Maduro, et a déclaré que c’était la mission de Washington de «s’assurer que le Venezuela ait une démocratie.»

Araujo, qui a décrit les changements climatiques comme une invention des «marxistes culturels» visant à saper les économies occidentales et à stimuler la Chine, est idéologiquement aligné sur l’administration Trump et l’extrême droite aux États-Unis. Les deux gouvernements ont mené des politiques criminellement négligentes et meurtrières en réponse à la pandémie COVID-19, avec des résultats tout aussi désastreux. Le Brésil a enregistré le deuxième plus grand nombre de décès – plus de 135.000 – au monde, derrière les États-Unis, et le troisième plus grand nombre de cas, après les États-Unis et l’Inde, soit quelque 4,5 millions.

Les ravages de la pandémie mondiale n’ont fait qu’intensifier la tendance de l’impérialisme américain à l’agression militaire dans sa quête d’hégémonie mondiale.

Au Venezuela, l’administration Trump continue à entretenir la fiction selon laquelle le «président intérimaire» autoproclamé Juan Guaidó représente le gouvernement légitime, malgré son manque de soutien populaire significatif et ses échecs répétés dans la mise en place du changement de régime exigé par ses supérieurs à Washington.

La plus grande partie de l’opposition de droite du Venezuela a abandonné Guaidó et sa clique corrompue, certains annonçant leur participation aux élections parlementaires prévues pour décembre, bien que Washington les ait déclarées illégitimes avant le fait. Cela n’a fait que pousser le gouvernement Maduro à se tourner davantage vers la droite, en graciant le mois dernier plus d’une centaine de droitiers qui s’étaient engagés dans des tentatives de coup d’État et des complots terroristes, dans l’espoir de forger une sorte d’accord d’unité nationale avec l’aide de l’Union européenne et de la Turquie. Tout en accordant l’impunité aux droitiers, le gouvernement Maduro a continué à réprimer impitoyablement les grèves et la protestation sociale venant d’en bas.

Washington n’a cependant aucun intérêt à un tel compromis. Il continue d’insister sur le changement de régime et maintient que l’intervention militaire est une option qui reste «envisageable».

Cet élément crucial de la politique américaine a été clairement mis en évidence lors de la dernière étape du voyage de Pompeo, avec son arrivée à Bogota, en Colombie, vendredi dernier, pour des entretiens avec le président de droite du pays, Ivan Duque. Cette visite a coïncidé avec des exercices militaires conjoints américano-colombiens appelés «Opération Poséidon», comprenant des opérations aériennes conjointes ainsi que des exercices navals simulant «l’interdiction, l’interception et la neutralisation de cibles maritimes illicites.»

Ces exercices, tout comme le déploiement de navires de guerre et d’autres ressources dans les Caraïbes ordonné par l’administration Trump en avril dernier, sont effectués sous le prétexte de lutter contre le trafic de drogue. Washington a ridiculement tenté de dépeindre le Venezuela comme la principale source de la drogue qui est transportée vers les États-Unis, alors que ses propres agences reconnaissent depuis longtemps que la Colombie représente l’essentiel du trafic de drogue, qui ne passe pas par les Caraïbes, mais par la côte Pacifique et les pays d’Amérique centrale, également dirigés par des gouvernements de droite alignés sur Washington.

Ces exercices ont suscité de nombreuses dénonciations en Colombie, dont les tribunaux avaient jugé que Duque avait outrepassé son autorité constitutionnelle en invitant les troupes américaines à revenir dans le pays en juin sans l’approbation du Sénat.

La Colombie a été secouée par des protestations de masse contre un meurtre brutal par la police, qui ont entraîné le massacre de 15 civils. A l’arrivée de Pompeo à Bogota, la police menait des rafles et procédait à des arrestations contre les opposants afin d’intimider la population en prévision des manifestations et grèves nationales prévues lundi.

La menace d’une guerre contre le Venezuela est intimement liée aux menaces simultanées d’agression militaire de Washington contre l’Iran, qui, comme ce pays d’Amérique du Sud, subit le poids d’une campagne de sanctions américaines de «pression maximale.» Ce lien a été rendu explicite par le fait que l’administration Trump a nommé Elliott Abrams comme «représentant spécial pour l’Iran et le Venezuela», après que l’ancien envoyé américain en Iran, Brian Hook, ait quitté son poste le mois dernier.

Lors d’un point de presse mercredi, Abrams a déclaré que Washington dévoilerait de nouvelles sanctions contre les deux pays dans les prochains jours. Cela inclut la prétention des États-Unis qu’ils peuvent invoquer la clause de «retour en arrière» de l’accord nucléaire iranien de 2015, rétablissant les sanctions de l’ONU qui ont été levées lorsque Téhéran a conclu son accord avec les grandes puissances. Le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté la position américaine, insistant sur le fait que Washington, ayant unilatéralement abrogé l’accord, n’a pas le droit de rétablir les sanctions de l’ONU, qui incluent la réimposition indéfinie d’une interdiction de vente d’armes conventionnelles à l’Iran, qui doit expirer le mois prochain.

Les médias n’ont pas noté l’ironie du fait qu’Abrams soit le champion de ces sanctions, ayant fait l’objet d’accusations criminelles dans les années 1980 pour son rôle dans l’affaire Iran-contras, qui impliquait des ventes d’armes américaines illégales à l’Iran pour financer la guerre illicite des contras soutenue par la CIA contre le Nicaragua.

Dans sa conférence de presse, Abrams a dénoncé le Venezuela pour s’être «tourné vers un autre paria international, l’Iran, qui lui envoie de l’or pour acheter de l’essence.» L’Iran a expédié à la fois de l’essence et du condensat, un gaz naturel nécessaire pour transformer le pétrole brut du Venezuela en essence. Le mois dernier, Washington a affirmé avoir intercepté quatre navires transportant de l’essence iranienne au Venezuela. Les propriétaires de la cargaison, basés aux Émirats arabes unis, à Oman et au Royaume-Uni, expédiée sur des pétroliers appartenant à des Grecs poursuivent le gouvernement américain, en insistant sur le fait que le carburant était destiné à Trinidad, pour être vendu en Colombie et au Pérou.

Abrams a déclaré aux journalistes mercredi que les États-Unis «surveillent ce que fait l’Iran» en ce qui concerne les livraisons de carburant au Venezuela. Le renforcement des sanctions de Washington contre ces deux pays et la menace d’un détournement de navires iraniens en haute mer par la marine de guerre des États-Unis font peser le danger d’une nouvelle guerre catastrophique.

Photo d'illustration: Des parachutistes américains et colombiens (Source: Sgt. Andrea Salgado-Rivera)

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- Source : WSWS

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