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Samedi, 24 Oct. 2020

La dénonciation des crimes de guerre devrait toujours être légale… Les commettre et les cacher ne devrait pas

Auteur : Caitlin Johnstone | Editeur : Walt | Mercredi, 23 Sept. 2020 - 08h15

Le procès kafkaïen d’extradition du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, se poursuit, chaque jour plus frustrant que le précédent montrant clairement que ce que nous regardons n’est rien d’autre qu’une mise en scène des gouvernements américain et britannique pour expliquer pourquoi il est normal que des gouvernements puissants emprisonnent des journalistes qui révèlent des vérités gênantes à leur sujet.

L’équipe de défense d’Assange se comporte admirablement, en présentant les arguments nécessaires pour tenter d’empêcher une extradition qui créera un précédent qui mettra en péril les libertés de la presse et qui aura un effet paralysant sur tous les journalistes d’investigation de la sécurité nationale dans le monde. Ces arguments semblent tomber dans l’oreille d’un sourd devant la juge Vanessa Baraitser, qui agit depuis le début comme quelqu’un qui a déjà pris sa décision et qui lit des jugements prérédigés au procès sans tenir compte des points qui lui sont présentés (un comportement inhabituel rendu d’autant plus suspect par sa supervision sous la direction de la magistrate en chef Emma Arbuthnot, qui a un conflit d’intérêts massif dans cette affaire).

Et s’il est essentiel de mener ce combat avec la ferme intention de l’emporter, je voudrais également rappeler amicalement que tout ce procès est illégitime dans son fondement même.

Au milieu de toutes ces chamailleries sur la question de savoir quand il est légal ou non, selon la loi américaine, qu’un journaliste expose des preuves de crimes de guerre américains, nous ne devons jamais perdre de vue le fait que:

(A) il devrait toujours être légal d’exposer des crimes de guerre,

(B) il devrait toujours être illégal pour les gouvernements de cacher des preuves de leurs crimes de guerre,

(C) les crimes de guerre devraient toujours être punis,

(D) les personnes qui provoquent des guerres criminelles devraient toujours être punies,

(E) les gouvernements ne devraient pas être autorisés à avoir un niveau de secret qui leur permette de déclencher des guerres criminelles, et

(F) le pouvoir et le secret devraient toujours avoir une relation inverse l’un par rapport à l’autre.

L’affaire Assange doit être menée bec et ongles, mais nous devons garder à l’esprit qu’elle est à un très, très grand nombre de clics de l’endroit où nous devons être en tant que civilisation. Dans une situation idéale, le public devrait avoir des gouvernements qui ont trop peur d’eux pour leur cacher des secrets ; au lieu de cela, nous supplions le gouvernement le plus puissant du monde de ne pas emprisonner un journaliste parce qu’il n’a pas enfreint les règles que ce gouvernement s’est fixées.

Voyez-vous à quel point ce constat est éloigné de notre objectif ?

Il est important de s’en rappeler. Il est important de se rappeler que la quantité de mauvaises actions que les structures de pouvoir vont commettre est directement proportionnelle à la quantité d’informations qu’elles sont autorisées à cacher au public. Nous n’aurons pas un monde sain tant que le pouvoir et le secret n’auront pas une relation inverse l’un par rapport à l’autre : la vie privée pour les personnes de la base et la transparence pour les gouvernements et leurs fonctionnaires.

“Mais qu’en est-il des secrets militaires ?” pourrait-on objecter. Oui, qu’en est-il des secrets militaires ? Qu’en est-il du fait que la quasi-totalité des violences militaires perpétrées par les plus grandes structures de pouvoir du monde sont initiées sur la base de mensonges ? Qu’en est-il du fait incontestable que plus nous permettons à la machine de guerre de garder le secret, plus elle trompe le public en lui permettant de déclencher des guerres ?

  • Dans un monde sain, le gouvernement le plus puissant de la planète n’essaierait pas de contourner ses propres lois de manière à permettre la poursuite d’un journaliste pour avoir dit la vérité.
  • Dans un monde sain, le gouvernement le plus puissant de la planète ne poursuivrait pas du tout quelqu’un pour avoir dit la vérité.
  • Dans un monde sain, les gouvernements poursuivraient leurs propres crimes de guerre plutôt que ceux qui les exposent.
  • Dans un monde sain, les gouvernements ne commettraient pas du tout de crimes de guerre.
  • Dans un monde sain, les gouvernements ne déclencheraient pas de guerre du tout.
  • Dans un monde sain, les gouvernements considéreraient la vérité comme quelque chose qu’il faut désirer et rechercher activement, et non comme quelque chose qu’il faut réprimer et punir.
  • Dans un monde sain, les gouvernements ne garderaient pas de secrets pour le public, et n’auraient aucune raison de le vouloir.
  • Dans un monde sain, si les gouvernements existaient, ils n’existeraient que comme des outils permettant aux gens de se servir eux-mêmes, avec une transparence et une responsabilité totales envers le peuple.

Nous sommes évidemment très, très loin du genre de monde sain dans lequel nous aimerions tous nous retrouver un jour. Mais nous devrions toujours garder à l’esprit ce à quoi ressemblera un monde sain, et le considérer comme notre véritable nord pour la direction que nous prenons.

Traduit par Aube Digitale


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