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Vendredi, 27 Nov. 2020

StopCovid: l’application du gouvernement entre soupçon de corruption et fiasco

Auteur : Fabien Buzzanca | Editeur : Walt | Samedi, 13 Juin 2020 - 09h08

Voulue par le gouvernement pour lutter contre la propagation du coronavirus, l’application StopCovid connaît des débuts décevants. Peu téléchargée, son coût et son efficacité font l’objet de débats. L’association Anticor a également alerté le parquet national financier (PNF) sur des soupçons de favoritisme concernant le contrat de maintenance.

La gestion de l’épidémie de Covid-19 par le gouvernement français est très critiquée. Et il en est de même de la dernière initiative technologique de l’exécutif. Lancée le 2 juin, l’application StopCovid est censée permettre à un utilisateur qui apprend sa contamination par le coronavirus de prévenir toutes les personnes avec qui il a été en contact à moins d’un mètre, pendant plus de 15 minutes et ce, au cours des deux dernières semaines. Le gouvernement souhaitait ainsi un outil supplémentaire permettant de limiter la propagation du virus qui a fait près de 29.300 décès dans le pays.

Mais les couacs se multiplient. Le 11 juin, le secrétaire d’État au Numérique Cédric O a annoncé que l’application avait été téléchargée 1,5 millions de fois depuis son lancement. Cela représente seulement 2% de la population française. Le résultat est d’autant plus décevant quand on le compare avec d’autres initiatives du même type venues de l’étranger. La version australienne avait été téléchargée par 8% de la population en seulement 24 heures. La Norvège avait même fait encore mieux, avec un quart des habitants ayant activé l’application en une semaine.

Anticor alerte le parquet financier

Peu téléchargée et surtout peu efficace en France, l’application StopCovid n’a donné lieu qu’à « une poignée » de notifications de l’aveu de Cédric O.

« Évidemment, dans un contexte où la prévalence de l’épidémie décroît très vite, l’incitation des gens à installer l’application est limitée », a reconnu le secrétaire d’État suite à la présentation d’un rapport rédigé par le Conseil national du numérique.

« On va continuer à faire en sorte qu’il y ait des gens qui la téléchargent, éventuellement envisager des évolutions, et puis si jamais il y a une deuxième vague, il faudra prendre un certain nombre d’initiatives pour repousser l’installation de l’application », a-t-il détaillé. Et de poursuivre :

« Sur ce sujet de l’utilité sanitaire, ce n’est plus vraiment au secrétariat d’État au Numérique de piloter le déploiement de cet outil, mais plutôt à la sphère Santé ».

Déjà modestes, les chiffres avancés par le gouvernement pourraient être encore plus faible. Des spécialistes du numérique ont en effet affirmé que le nombre d’utilisateurs recourant en permanence à l’application pourrait être bien moindre que ce qu’avance l’exécutif.

« Nous ne savons pas qui active son bluetooth ou pas. Les chiffres qui ont circulé sur les réseaux sociaux ne correspondent pas à grand-chose », a affirmé Cédric O.

Plusieurs observateurs tel que Fabrice Epelboin, professeur à Science Po, spécialiste des nouvelles technologies et se revendiquant comme ancien « hacktivist », critique également l’application :

« Le CEVIPOF tremble. Derrière son aspect inoffensif, #StopCovid est un outil d’une redoutable efficacité pour mesurer la confiance des populations envers leur gouvernement. La concurrence est terrible ».

Le coût de l’application fait aussi débat. D’après le journal Le Monde, l’application « a été développée à la fois par des fonctionnaires et des salariés d’organismes publics mais aussi par des entreprises privées travaillant bénévolement ».

« Désormais, les entreprises vont être rémunérées. Au cabinet de Cédric O, on estime aujourd’hui le coût mensuel à environ 100.000 euros, prélevés sur le budget de l’État », détaille le quotidien vespéral.

Le 27 mai, Cédric O se confiait dans L’Obs à propos du coût de l’application StopCovid :

« Il n’y a donc pas d’enjeu de coût financier. D’abord, parce que la santé n’a pas de prix. Ensuite, parce que ce montant est epsilonesque par rapport aux coûts et aux effets délétères évités d’une admission en réanimation par exemple ».

D’après les informations du journal Le Monde, Bercy justifie les coûts par « des frais de gestion et d’entretien du serveur sécurisé ». L’entreprise 3DS Outscale, une filiale du groupe Dassault spécialisée dans l’hébergement sécurisé, a obtenu le marché. « Le chiffre est pourtant plutôt élevé par rapport à ceux du marché. Sollicité, 3DS Outscale n’a pas souhaité répondre à nos questions. Cap Gemini, qui a participé au développement de l’application et devrait continuer ses travaux, non plus », note Le Monde.

L’Obs a récemment révélé un document de l’association de lutte contre la corruption Anticor qui a alerté le parquet national financier (PNF). Elle soupçonne la filiale de Dassault Systèmes d’avoir bénéficié de favoritisme dans l’octroi du contrat de maintenance de l’application.

Anticor souligne que « la maintenance de l’application disponible gratuitement sur l’ensemble des téléphones portables iPhone et Android par le biais des plateformes de téléchargement l’App Store et Google Play est assurée par la filiale Outscale, une filiale de Dassault Systèmes ».

Début juin, L’Obs citait « une source bien informée, au fait des négociations en cours avec les partenaires privés » qui affirmait que l’application avait été développée gratuitement mais que sa maintenance et son hébergement étaient facturés « entre 200.000 et 300.000 euros par mois ».

Anticor juge que « le choix de recourir à la société Outscale en tant qu’attributaire du marché de maintenance de l’application StopCovid n’a fait l’objet d’aucune procédure de passation de marché public ». Or, selon la loi, c’est obligatoire dans pareil cas.

À partir de 139.000 euros hors taxes pour les marchés de fourniture et de services, le gouvernement doit procéder à un appel d’offre. C’est ce qu’indique Anticor en se basant sur les règles de la commande publique. D’après l’association de lutte contre la corruption, le délit est constitué. Elle questionne la responsabilité du Premier ministre Édouard Philippe, du secrétaire d’État au Numérique Cédric O ou du ministre de la Santé Olivier Véran dans cette affaire. Pour rappel, le délit de favoritisme est passible de deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende.

Le Monde affirmait le 10 juin que « le cadre légal définitif encadrant le futur, notamment financier, de StopCovid n’est en fait pas encore totalement fixé » et que ce dernier « devrait l’être dans les prochains jours ». De plus, une convention devrait être signée entre l’Inria et la DGS « qui est le gestionnaire légal de StopCovid », d’après le quotidien vespéral.

Affaire à suivre.


- Source : Sputnik (Russie)

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