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Mardi, 14 Juill. 2020

RPD – L’Armée Ukrainienne tire sur des caméras et un drone de l’OSCE

Auteur : Christelle Néant | Editeur : Walt | Vendredi, 05 Juin 2020 - 08h02

Le 2 juin 2020, l’armée ukrainienne a tiré au fusil de sniper sur les caméras de l’OSCE situées à proximité de la zone de retrait de Petrovskoye, en RPD, détruisant ces dernières, avant de s’attaquer deux jours plus tard à un drone de l’organisation dans la même zone. Ces tirs, qui ont lieu sur fond d’envoi massif d’armes lourdes dans le Donbass par l’armée ukrainienne, ont de quoi faire craindre une nouvelle escalade de la situation.

L’armée ukrainienne tire sur les caméras de l’OSCE à Petrovskoye

Après une absence totale de violations du cessez-le-feu par l’armée ukrainienne contre la RPD (République Populaire de Donetsk) du 31 mai au 2 juin (sûrement en lien avec la visite de la délégation ukrainienne à Berlin, afin de pouvoir prétendre que l’Ukraine ne viole pas le cessez-le-feu), les soldats ukrainiens ont recommencé à tirer sur le territoire de la République.

À peine la visite des officiels ukrainiens en Allemagne était-elle terminée que l’armée ukrainienne a ouvert le feu à coup d’obus de mortier près de la zone de retrait de Petrovskoye, en RPD, avant de tirer au fusil de sniper sur les caméras de l’OSCE installées à proximité.

Entre 14 h 27 et 14 h 29, le bruit de quatre tirs a été enregistré dans la zone de retrait de Petrovskoye. D’après les informations communiquées dans le rapport de l’OSCE, le premier tir semble avoir manqué sa cible, et les caméras continuaient de fonctionner, puis le deuxième tir a touché les caméras, les faisant tourner sur leur axe. Le dernier tir sera fatal aux caméras qui cessent alors de fonctionner.

D’après les constatations faites sur le boîtier des caméras, les tirs venaient de l’Ouest-Nord-ouest. Or c’est l’armée ukrainienne qui se trouve dans cette direction comme le montre cette carte.

La représentation de la RPD au sein du CCCC (Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu) a analysé la direction des tirs, la nature des dégâts, et le type d’arme utilisée, pour déterminer que les tirs venaient du village de Viktorovka, qui est sous contrôle de l’armée ukrainienne, à 850 m des caméras endommagées.

D’après leurs analyses, c’est du fusil Barrett M82, de calibre 12,7 mm OTAN qui a été utilisé par les soldats ukrainiens pour abattre les caméras de l’OSCE. Le même type de fusil, que celui qui avait été utilisé par un sniper ukrainien pour tuer Nikita Fokine au mois de janvier.

Ces caméras sont un des moyens utilisés par l’OSCE pour surveiller de manière permanente et à distance la situation dans la zone de retrait. Si l’armée ukrainienne a détruit ces caméras, c’est parce que dans la nuit du 30 au 31 mai, l’OSCE a détecté la présence de deux personnes dans les tranchées que l’armée ukrainienne est censée avoir abandonnées dans la zone de retrait de Petrovskoye.

Et lorsque l’OSCE a tenté aujourd’hui de faire voler un de ses drones pour évaluer la situation dans la zone de retrait des tirs de sniper ont visé l’engin, afin d’empêcher les observateurs de faire leur travail.

Envoi massif d’armes lourdes près du front côté ukrainien

La question qui se pose face à ces tentatives de l’armée ukrainienne d’empêcher l’OSCE de faire son travail, c’est « pourquoi ? ». La raison semble se trouver dans les rapports de l’OSCE eux-mêmes.

En effet, depuis le 24 mai 2020, la MSS (Mission Spéciale de Surveillance) de l’OSCE a enregistré la présence d’une grande quantité d’armes (y compris des armes lourdes) et de pièces d’équipement militaires de l’armée ukrainienne dans et à proximité de gares, indiquant que ce matériel est massivement envoyé sur le front du Donbass par le rail.

Ainsi, le 24 mai, une patrouille de l’OSCE a vu sept obusiers tractés D-30 de 122 mm, et six obusiers automoteurs Gvozdika de 122 mm à la gare de Zatchatovka, dans la région de Donetsk sous contrôle ukrainien.

Deux jours plus tard, le 26 mai, c’est huit systèmes de défense anti-aérien BUK, qui ont été détectés à la gare de Roubejnoye (région de Lougansk sous contrôle ukrainien), et quatre systèmes de défense anti-aérien Strela-10 à proximité de la gare de Krasnoarmeïsk.

Le même jour, l’OSCE détectait la présence de sept systèmes anti-aériens OSA à Krasnoarmeïsk (cinq) et Kalinovo (deux). Le lendemain, les patrouilles de l’OSCE détectaient la présence de trois autres systèmes de défense antiaériens OSA et un Strela-10 à la gare de Krasnoarmeïsk, mais aussi deux obusiers tractés D-20 de 152 mm, près de Khlebodarovka, et de neuf canons antichars Rapira de 100 mm, 10 obusiers tractés D-20 de 152 mm, et 16 chars d’assaut T-64 à la gare de Zatchatovka.

Mais l’armée ukrainienne ne s’est pas arrêtée après avoir amené plus de 60 pièces d’armement lourd près de la ligne de front en à peine quatre jours. L’envoi d’armes de gros calibre s’est poursuivi les jours d’après, comme le révèlent les rapports de la MSS de l’OSCE.

Ainsi, le 28 mai, les patrouilles de l’OSCE ont détecté la présence de huit canons automoteurs Pion de 203 mm dans la cour de la gare de Krasnoarmeïsk, deux obusiers tractés D-20 de 152 mm, près de Khlebodarovka, et de six obusiers automoteurs Gvozdika de 122 mm, six systèmes de défense antiaériens Strela-10, deux systèmes de défense antiaériens BUK, 17 chars d’assaut T-64, 26 véhicules de combat blindés, trois poseurs de mines, un système de défense antiaérien Zu-23, huit ambulances, un système de brouillage électronique, trois camions lourds et 17 plateformes de transport d’équipement lourd à la gare de Zatchatovka.

Dans son rapport du 30 mai, l’OSCE rapporte avoir détecté deux jours plus tôt, la présence d’un système de défense antiaérien OSA près de Kalinovo, et la présence de six obusiers automoteurs Gvozdika de 122 mm, un système de défense antiaérien BUK, sept chars d’assaut T-72 et six T-64 à la gare de Zatchatovka (qui viennent s’ajouter au matériel indiqué dans le rapport du 29 mai).

Le 29 mai, l’OSCE déclare avoir détecté la présence de 12 obusiers automoteurs Gvozdika de 122 mm, six systèmes de défense antiaérien OSA, six systèmes de défense antiaériens Strela-10, deux systèmes de défense antiaérien BUK, un BUK Telar, un véhicule de transport et de chargement de roquettes BUK, sept obusiers tractés D-30 de 122 mm, sept véhicules de transport de troupes blindés MTLB, 21 véhicules de combat d’infanterie type BMP, deux poseurs de mine, deux systèmes de défense antiaériens Chilka, un système de brouillage de signaux, et neuf plateformes de transport d’équipement lourd à la gare de Zatchatovka.

Enfin, les 2 et 3 juin, 15 autres canons automoteurs Pion de 203 mm ont été vus par une patrouille de l’OSCE à la gare de Krasnoarmeïsk.

Une telle accumulation d’armes lourdes (228 en tout amenées par train en 10 jours, dont 23 canons Pion de 203 mm) et surtout de systèmes de brouillage de signaux et de systèmes de défense antiaériens a de quoi inquiéter.

La RPD et la RPL ne disposant pas d’aviation militaire, il est clair que le plus gros des systèmes de défense antiaériens de l’armée ukrainienne est destiné à abattre les drones de l’OSCE si les systèmes de brouillage ne suffisent pas à les empêcher de faire leur travail.

Un tel déploiement massif d’armes lourdes envoyées par train dans le Donbass, et de moyens d’empêcher l’OSCE de détecter les violations des accords de Minsk par l’armée ukrainienne, ainsi que les tirs contre les caméras et drones de la mission de surveillance, alors qu’une civile a été blessée cet après-midi en RPD par des tirs de lance-roquette antichar, ont de quoi faire craindre que la baisse drastique des violations du cessez-le-feu à laquelle nous assistons depuis la fin mai ne soit que le calme avant la tempête.


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