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Samedi, 07 Déc. 2019

La raison réelle des manifestations antirusses en Géorgie

Auteur : | Editeur : Walt | Samedi, 16 Nov. 2019 - 15h49

En 2017 s'est tenue la cérémonie de lancement de la construction du premier port en eau profonde d'Anaklia sur la côte Est de la mer Noire. "Ce port renforcera les positions de la Géorgie sur la carte de la Route de la soie", avait alors déclaré le premier ministre Gueorgui Kvirikachvili.

La compagnie géorgienne TBC Holding appartenant à l'entrepreneur Mamouka Khazaradze construit un immense port en eau profonde en mer Noire afin de concurrencer les ports russes et, en fin de compte, pour prendre leur place dans le transit chinois. Ce port, pensé par l'Occident comme une "alternative" à la grande Route de la soie, un "portail de Chine en Europe". La profondeur du port est de 20 mètres (cela suffit pour accueillir tout type de navire), 32 quais d'une longueur totale de 12 km. La capacité de franchissement est de 100 millions de tonnes de fret par an. Ce qui est comparable aux ports de Shanghai, de Singapour et de Rotterdam. Coût du projet – 2,5 milliards de dollars. On s'attend à ce que les premiers navires entrent à Anaklia dès 2020. A noter que ce port n'est pas construit par l'Etat, mais par des investisseurs géorgiens privés avec une médiation active des Américains.

Mais ensuite Bidzina Ivanichvili (homme d'affaires, leader du parti au pouvoir Rêve géorgien), probablement à l'initiative des partenaires russes, a expliqué à Mamouka Khazaradze qu'il ne fallait pas aller trop vite. Alors que ce dernier, le banquier le plus connu du pays, avait déjà annoncé partout que son port était sur le point d'évincer la Russie de l'espace de transit en mer Noire.

"Les représentants des autorités officielles remettent de plus en plus en question la viabilité du projet, s'indignait Mamouka Khazaradze. La direction du consortium d'Anaklia se défend contre les accusations du gouvernement qu'il n'arriverait pas à terminer la construction et à réunir les investissements dans les temps".

Mais le problème était évidemment l'argent. Il en manquait. Les investissements privés se sont figés à hauteur de 70 millions de dollars, au lieu d'au moins 620 millions prévus. Le consortium a réussi à obtenir un prêt de 400 millions de dollars de quatre institutions financières internationales, de la Banque européenne de reconstruction et de développement, de la Corporation des investissements étrangers privés, de la Banque asiatique du développement et de la Banque asiatique d'investissements pour les infrastructures. Mais le problème était le suivant: les créanciers ont exigé que le gouvernement géorgien se porte garant pour le prêt. En d'autres termes, si le projet échouait, le gouvernement géorgien devait garantir le remboursement de centaines de millions de dollars.

Le 16 juin 2019, des médias géorgiens ont publié une prétendue "fuite" du gouvernement: la construction du pont d'Anaklia est gelée! Et d'ajouter: il a fallu faire marche-arrière sous la pression des députés de l'alliance Rêve géorgien – Géorgie démocratique dirigée par Bidzina Ivanichvili. La "main de Moscou" sabote les plans de Tbilissi, voire l'aspiration des Géorgiens à une vie meilleure! Et le 20 juin, des milliers de manifestants se sont lancés à l'assaut du parlement géorgien.

Or les législatives du 4 octobre ont été remportées par le Rêve géorgien. Bidzina Ivanichvili est devenu premier ministre. Il a immédiatement qualifié le projet de ville-port de plaisanterie et a laissé entendre qu'il n'avait pas l'intention de s'en occuper.

A présent, le consortium de Mamouka Khazaradze ne compte plus que des compagnies américaines - SSA Marine et Conti International LLC. Certains disent que les Américains n'ont pas évincé par hasard les Français de ce projet, et aujourd'hui évincent les Bulgares. Le fait est que le port commercial n'est qu'une partie du projet. Son autre partie, bien plus importante pour Washington, est une base militaire. Tout le monde sait quelles sont les relations aujourd'hui entre les Etats-Unis et l'Iran – au seuil d'une guerre. C'est pourquoi les constructeurs sont pressés en promettant de terminer le port dans moins d'un an. Et c'est pourquoi à ce projet participe un géant tel que SSA Marine.

"Les Américains souhaitent réellement construire un port commercial de transit qui garantirait à leur pays-satellite une vie prospère, explique Vladimir Khomeriki, vice-président du Congrès mondial des peuples de la Géorgie. Mais en réalité, le port commercial n'est pas l'objectif principal. On compte transformer Anaklia en base navale américaine, où pourront stationner des navires et des sous-marins – sous le nez de la Russie. Avec la perte de la Crimée convoitée par les Américains, l'idée de la domination américaine en mer Noire a échoué. En revanche, les plans de faire la guerre à l'Iran restent d'actualité. C'est la raison pour laquelle est nécessaire le port d'Anaklia précisément en 2020, pas plus tard." Or en rejetant la faute sur les députés le gouvernement géorgien a failli saboter ces plans. Voici la raison de l'émeute du 20 juin 2019 à Tbilissi et de l'assaut contre le parlement.

La construction du port géorgien se poursuit activement. Le nouveau port représente une menace pour Novorossiïsk, le port en eau profonde le plus proche au Sud de la Russie. L'an prochain déjà, indiquent les spécialistes, Novorossiïsk ressentira la concurrence. "Anaklia pourrait saper ses positions de leader dans le transport de conteneurs, en accueillant une partie du fret actuellement transporté en Occident par des pays asiatiques", indique le site Eurasianet.org


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