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Samedi, 07 Déc. 2019

On sait désormais pourquoi l’Occident n’aime pas la Russie

Auteur : Viktor Marakhovski | Editeur : Walt | Mardi, 15 Oct. 2019 - 17h12

Pour la première fois, l’agence de presse « Rossia Segodnia » a répondu à deux questions : l’Occident dans son ensemble ne nous aime-t-il vraiment pas, ou est-ce un mythe de notre propagande ? Et si ce n’est pas un mythe, pourquoi ne nous aiment-ils pas ?

Les publications des principaux médias de tous les pays du G7 consacrées à notre pays ont été étudiées pendant six mois – 82 000 au total. Ensuite, elles ont été divisées en positives, neutres et négatives.

Les positives incluaient tous les éloges, parmi lesquelles « des trains confortables circulent en Russie », « le ballet russe a fait une belle performance à Paris », « l’ambassade du Japon à Moscou a accueilli un carnaval » et « la chaîne russe de pizzas ouverte en Allemagne, c’est délicieux ». Les neutres incluaient des publications sans aucune appréciation – comme « Poutine a rencontré Abe », « la Russie offre un nouveau format de négociations sur la dénucléarisation de la Corée » et « un forum d’affaires a débuté en Russie ». Les négatives comprenait des histoires d’atrocités russes commises dans le monde, des crimes de l’État contre les citoyens en Russie et des crimes des citoyens eux-mêmes.

Résultat : en moyenne, 50 % des articles du G7 sont fortement négatifs. Et les positifs ne représentent que 2 %.

Les autres publications sont neutres – il s’agit soit de textes d’information tels que « est allé et a rencontré », soit « d’un côté, la Russie fait de mauvaises choses, mais d’un autre côté, de bonnes choses ».

Les pays qui battent des records :
– Ce sont les médias britanniques qui ont le plus parlé de la Russie (25 000 publications) ;
– Le plus petit nombre de publications a été enregistré au Canada (moins de 4 000, mais le Canada lui-même est également petit en termes de population) ;
– Les médias italiens sont les plus positifs (jusqu’à 13 % de publications positives, soit deux fois moins que les publications négatives) ;
– Les médias américains sont les plus négatifs (jusqu’à 90 % des publications), tandis que les publications positives ne représentent que 0,2 % ;
– La France est le pays le plus neutre (70 % des articles).

Et maintenant, venons-en au fait.

Qu’est-ce qu’il y a de bien en Russie ? En principe, on pourrait ne pas en tenir compte du tout : qu’est-ce que 2 % des publications ? D’autant plus que sans les médias italiens, le positif n’aurait même pas atteint 1 %.

Mais malgré tout : ce qu’il y a de bien chez nous c’est les athlètes à titre individuel, le ballet, le théâtre et les sites historiques. En d’autres termes, la « bonne Russie », de l’avis des médias des plus grands pays, est coincée dans l’époque remontant à 120 ans en arrière. Quelque part où se trouvent Tchekhov, les saisons russes, les coquelicots d’or et l’artisanat populaire pour les touristes. D’ailleurs, la Russie était bien aussi dans les années 90.

Tout le reste est mauvais chez nous.

Mais voici ce qui est révélateur : la plupart de ces « mauvais » éléments semblent être un compliment pour nous de manière générale. Car ce qui est « mauvais » est une description des nombreux arts obscurs dans lesquels nous sommes en avance sur le reste du monde.

Tout d’abord, bien sûr, nous nous immisçons dans la vie des autres puissances – et nous le faisons avec une terrible efficacité. Nous avons choisi Trump en Amérique, nous avons fait le Brexit au Royaume-Uni. Nous avons amené la droite et les populistes au pouvoir en Italie, en Allemagne et en Autriche. Au Canada, nous n’avons rien fait – mais ce n’est pas un obstacle : le principal sujet « russe » du semestre dans les médias locaux était la possibilité d’une intervention russe lors de leurs élections en octobre prochain.

Les groupes de trolls russes sillonnent les réseaux sociaux, dressant tout le monde les uns contre les autres (surtout les Noirs américains contre les Blancs et les trumpistes contre les démocrates), obligeant les patrons à imposer leur censure. La propagande empoisonnée de la Russie par RT et Sputnik sème des fausses informations, ou du moins des reportages biaisés, « favorisant des vues pro-russes ». Les espions russes empoisonnent les Skripals et des victimes au hasard, et les espionnes russes rousses s’insinuent dans les cercles de confiance des personnes influentes. Enfin, des unités secrètes du GRU planifient des coups d’État dans toute l’Europe de l’Est.

Un titre typique : « Élections en Europe : les services de renseignement surveilleront l’ingérence russe » (Zeit).

Deuxièmement, nous renforçons notre puissance militaire agressive. C’est un thème numéro deux stable. Nous menaçons la Scandinavie, le Royaume-Uni et les États-Unis. Nous fournissons des armes à des régimes antidémocratiques dans le monde entier. Nous avons forcé l’Amérique à se retirer du traité FNI et les pays Baltes et les Polonais à augmenter leurs contingents de l’OTAN près de nos frontières. Nous conquérons l’Ukraine de manière hybride, et au Venezuela, en Syrie et même en Afrique, nous ne laissons pas la démocratie gagner.

Les gros titres typiques : « Le missile nucléaire hypersonique de Poutine peut détruire Londres en quelques secondes », « Les armes nucléaires russes au Venezuela ? » (Daily Express).

Troisièmement, les autorités russes entravent la liberté en Russie en brutalisant les manifestants, les artistes et les minorités sexuelles, et en attribuant le titre d’agents étrangers aux agents étrangers. À la une des journaux : « Le journaliste qui a critiqué Poutine est mort dans un mystérieux accident de la route » (Mail Online), « J’ai survécu au goulag de Poutine » (Bild), « Brutalités policières effrénées lors d’une manifestation dans la capitale » (Les Échos).

Et ce n’est qu’en quatrième lieu que nous mendions, corrompons, buvons et tuons (« Russie : un père a gardé son fils de dix ans enchaîné pendant des mois »).

Un programme distinct est présenté par les médias japonais. Notre principale vilenie, c’est de ne pas leur rendre les Kouriles (« Russie, arrête de t’entêter », « Il est inadmissible de réfuter le fait de qu’il s’agit d’une occupation illégale »).

… Ce qu’il faut noter ici.

Premièrement. Si nous enlevons l’horreur de la puissance maléfique russe, alors la Russie dans les médias occidentaux n’est pas différente de la Russie de 1999 (malgré les gigantesques changements en mieux qui sont survenus dans la vie réelle du pays).

C’est-à-dire, bien sûr, qu’il est possible de faire en sorte que l’on écrive peu de choses sur nous – comme on écrit peu aujourd’hui, par exemple, sur la population comparable à celle de la Russie, au Bangladesh ou aux Philippines. Pour ce faire, nous devons simplement nous rapprocher du Bangladesh en matière de développement économique, social, scientifique et militaire. Cette république n’a aucune puissance militaire menaçante, aucun réseau médiatique mondial et aucun renseignement extérieur omniprésent.

Mais voilà le problème : il n’y a pas d’image positive du Bangladesh dans les médias occidentaux, aussi étrange que cela puisse paraître. Les thèmes sur lesquels ce pays entre dans les pages des principales publications mondiales sont la pauvreté, la corruption, la prostitution et les manifestations. C’est à peu près la même chose qui a été écrite à notre sujet il y a vingt ans, lorsque nous étions historiquement au plus bas.

Deuxièmement. Il est facile de voir que l’image de la Russie en 2019 n’est basée principalement sur aucune de nos actions manifestes, mais sur des rapports d’analyse (sur les ingérences possibles), des prévisions d’experts (sur les menaces futures) et des fuites malveillantes (sur des sabotages secrets). En d’autres termes, même si la Russie en 2019 s’est emparée du monde avec des machinations, elles sont invisibles. Et pour les révéler au monde, il y a toute une classe de médias militants dans les pays occidentaux qui font la lumière sur ces intrigues de la Russie.

Oui, vous ne le pensiez pas. La Russie dans les médias occidentaux s’est finalement révélée être un bon vieux diable. Et c’est exactement comme dans les millénaires précédents : il est en même temps en enfer et essaie d’entraîner en enfer tous les bons habitants de la planète. Il semble que tout est mauvais et terrible là-bas, dans l’enfer russe (et donc, par définition, ne peut pas être efficace, parce que le marché n’est pas libre et il n’y a pas de libéralisme). Mais en même temps, l’enfer russe est invisiblement et secrètement derrière toutes sortes de dissensions, l’aggravation des problèmes, et les victoires des mauvais politiciens dans le monde libre. Si quelqu’un a oublié, alors nous avons organisé l’invasion des migrants en Europe.

Et voilà déjà un symptôme intéressant. Nous avons déjà écrit que le tsunami du nom de Greta Thunberg, qui a emporté les pays avancés, a toutes les caractéristiques d’un culte hystérique archaïque : il y a une menace de ragnarök pour bientôt, et la division de tous les gens en agneaux conscients et chèvres inconscientes par le critère le plus simple de « l’attitude envers Greta », et même une vierge (au sens propre, ancien) au centre du phénomène.

Ajoutons à ce culte une image irrationnelle de la Russie Sombre, qui pénètre partout avec ses tentations et infecte les bonnes gens par le populisme, l’intolérance et l’homophobie. Quand l’autre jour à Minneapolis les manifestants portaient une affiche « Trump est russe » contre le président américain, tout ce qu’ils voulaient dire était que Trump est le mal absolu à l’état pur.

Il s’avère qu’à l’ère de l’information, les sociétés de notre monde avancées dans ce domaine ne sont pas motivées par une analyse rationnelle des faits réels. Non, au lieu de cela, de simples images archétypiques fonctionnent avec succès : des vierges pures, des Gandalf et des Dumbledore, mettant en échec les plans secrets de l’Ennemi, et, en fait, l’Ennemi lui-même (c’est nous).

Si on appelle les choses par leur nom, cela ne veut dire qu’une chose. « L’image du monde » dans les pays que nous considérons habituellement comme avancés, est écrite maintenant selon les standards datant d’il y a mille ans. Et si ces standards ne correspondent pas à la réalité, ce n’est pas un problème. La réalité, presque identique à la nature, peut maintenant être construite simplement à partir de l’avis d’un expert et demi et de quatre rapports.

Et cela signifie pratiquement deux choses. Ou bien les élites des principaux pays occidentaux vivent dans la réalité, et nourrissent leurs peuples d’un bon vieux mythe avec des orcs et des elfes. Dans ce cas, ils construisent une anti-utopie plutôt sombre pour leurs peuples.

Ou bien les élites des pays occidentaux avancés vivent dans le mythe qu’elles diffusent. Alors, elles ne pourront plus se considérer comme avancées encore bien longtemps – parce que la réalité bat toujours le mythe.

Note de la traductrice : Cette analyse rejoint celle que j’avais faite il y a un an et demi en arrière sur le caractère irrationnel et littéralement subconscient de la réaction de l’Occident face à la Russie.

Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider


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